Valoriser, Encourager et Inciter les citoyens à s'engager dans des programmes d'agriculture en ville déjà existants ou à inventer !

Auteur/autrice : Patricia Gombert

Les Hauts Jardins – Villeneuve d’Ascq

Un premier portrait de jardin a été réalisé fin 2021 alors qu’Hugues Trachet maraîcher en agriculture biologique depuis février 2015 occupait un terrain mis à sa disposition chez un agriculteur bio à Quesnoy-sur Deûle.

Cette parcelle lui permettait d’assurer l’approvisionnement des paniers des membres de l’AMAP de Villeneuve d’Ascq, ses clients, en attendant de pouvoir s’installer à Villeneuve d’Ascq ce qui s’est concrétisé en 2022 où, depuis, il est locataire de la moitié d’un terrain de 3 hectares, appartenant à la ville où ont été installés aussi des containers et un petit chalet pour y stocker matériel et outils. Ce terrain était un champ produisant du blé et du maïs en conventionnel. Pour accélérer sa fertilité avant son arrivée, la commune y avait planté de la luzerne et des plantes messicoles pour reconstituer un humus dégradé par les intrants des récoltes précédentes : un investissement conséquent et rare de la part d’une ville qui est à noter.

A l’initiative des élus et animé par Jérémy de l’association Les Blongios, le profilage de deux mares de biodiversité a été réalisé, une réserve d’eau certes mais surtout le souhait de sauvegarder une espèce de triton en danger et très rare dans la Métropole Européenne de Lille : le triton crêté.

Un forage qui restera propriété de la ville et permettra dès le printemps 2026
d’avoir accès à l’eau dont Hugues a besoin pour arroser ses productions lorsque ses réserves en eau de pluie sont taries.
En attendant ce forage, en cas de sécheresse comme cela a été le cas durant les derniers étés, de l’eau lui était fournie par la ville grâce à un imposant réservoir rempli par camion. Comme il s’agit d’eau potable, il n’y avait recours qu’en cas d’extrême nécessité, d’où l’intérêt d’un accès par forage à une eau tout à fait compatible avec un arrosage alimentaire.

Sa compagne, Yamina, loue l’autre moitié du terrain où elle plante actuellement de petits fruitiers. En autonomie totale, elle vendra ses futures productions sur place, sur les marchés ou à de futurs restaurateurs partenaires.

Dès son arrivée sur la parcelle, en organisant des « rencontres plantations » avec d’autres partenaires associatifs ou mêmes ses clients de l’AMAP, Hugues Trachet s’est attaché à planter des haies avec des essences locales variées ainsi que des arbres communs qui ont tous relativement bien repris. Ce sont des moments conviviaux de partages de connaissances et de liens sociaux positifs qui ancrent l’activité au sein de son territoire.

Le projet global

La ferme est conduite en permaculture et est soutenue par les familles de Vascq’AMAP et la Ville de Villeneuve d’Ascq.L’essentiel de son revenu provient du nombre de clients de l’AMAP qu’il cherche à augmenter grâce à la qualité de ses productions bio et surtout leur variété. Ce sont 50 espèces de légumes (tomates, courgettes, laitues, radis, courges, carottes…) dont plus de 300 variétés différentes pour couvrir toute la saison et surtout proposer des paniers attractifs en toutes saisons.

Ses productions « pleine terre » sont en conversion vers le bio depuis 2022 et en 2025 il est certifié bio par Ecocert, trois ans s’étant écoulés depuis le premier agrément. Il dispose de trois serres. Les surfaces ne sont pas labourées mais sont travaillées aux outils à main. Son quotidien est rude et la période COVID a été particulièrement difficile.

Pour vivre de son activité il lui faut davantage de clients AMAP (40 familles actuellement), trouver des débouchés locaux ou assurer quelques formations. Cela demande du temps qu’il ne peut assurer seul. Il s’est donc rapproché de quatre autres maraîchers pour, ensemble, assurer le salaire d’une salariée qui se partage entre les différentes structures.

Ses objectifs 2026

—augmenterlenombredeclientsAMAP,

— assurer les ateliers mensuels dédiés aux habitants et commandés par
la ville, ce qui lui assure un complément de revenus et mettre en place des formations occasionnelles pour quelques personnes

— développer d’autres cultures pour augmenter la biodiversité sur le terrain et dans les paniers.

La ville porte un projet au sein duquel il s’est engagé car correspondant à son éthique du « bien manger » : il s’agit d’un accompagnement par la ville et des médecins volontaires pour délivrer des ordonnances vertes* à des femmes enceintes tout au long de leur grossesse et le temps de l’allaitement pour qu’elles aient droit à des paniers de légumes, fruits, pain bio leur garantissant ainsi une alimentation la plus saine possible. Hugues fait partie du réseau des 7 structures maraîchères villeneuvoises impliquées.

Depuis 2015 l’Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne de Villeneuve d’Ascq, AMAP a toujours été présente à ses côtés.

La parole à Hugues

« Les adhérents de cette association me soutiennent sur plusieurs aspects. Financier : en m’assurant une rémunération décente et en me permettant, grâce à l’achat à l’avance de la production, une meilleure gestion de la trésorerie de l’activité. Social : les distributions sont assurées par des bénévoles de l’association et me permet de passer plus de temps avec chacun d’eux pour discuter de l’actualité de la ferme. Des ateliers participatifs et conviviaux sur la ferme sont organisés pour sensibiliser les adhérents au métier de paysan et éviter son isolement.Solidaire : certaines difficultés de l’activité sont atténuées grâce aux ateliers participatifs. La baisse de production liée aux aléas climatiques est prise en compte et n’influe pas sur mon revenu. »

Contacts :

www.les-hauts-jardins.com //

Contact de Hugues : 06 18 03 74 67 // fermedeshautsjardins@gmail.com
Site internet de l’AMAP de Villeneuve d’Ascq : www.vascqamap.fr vascqamap@gmail.com

Retour au Jardin de Chlorophylle Grande Rue à Roubaix


Le 9 juillet 2025, lors d’une rencontre avec Marie Fiers de l’AFAUP, un rendez-vous a été fixé avec l’actuelle responsable du Jardin de Chlorophylle, situé au 315 Grande Rue à Roubaix. C’était la troisième visite dans ce vaste îlot de verdure d’un hectare. Et, aussitôt passée la grille, cette sensation familière revient : être « ailleurs », en pleine nature, alors que la ville est toute proche.

Manuela Paulo Saraiva, arrivée en janvier 2025, nous a accueillis pour nous faire découvrir ce lieu porté par l’Association Roubaisienne d’Insertion (A.R.I.). L’association prend en charge toute la gestion administrative et financière du jardin : assurances, fournitures pour les ateliers, graines pour les semis, nourriture et équipements pour les animaux. Elle finance également les salaires des trois employées en CDI qui animent les ateliers pédagogiques et assurent les formations destinées aux personnes en insertion, rémunérées dans le cadre de CDDI – Contrats Durée Déterminée Insertion – de 26 h par semaine. L’objectif est d’accompagner, pendant deux ans, des publics éloignés de l’emploi : bénéficiaires de l’Allocation Adulte Handicapé -AAH-, seniors, etc. et de leur permettre de découvrir un métier, le plus souvent dans le bâtiment ou les espaces verts. Un suivi personnalisé facilite leur insertion, avec la possibilité, à terme, d’être recrutés par un professionnel dans le domaine concerné par le CDDI : entreprises, collectivités ou particuliers pour de petites missions. Le terrain appartient à la Ville, qui verse à Manuela une subvention pour l’entretien.

La vocation première du jardin reste inchangée : être ouvert aux habitants du quartier et de toute la Métropole lilloise, cultiver des légumes, recréer du lien social et proposer des animations aux familles.

Une responsable au profil singulier. Avant de prendre la direction du jardin, Manuela a exercé plusieurs années comme manager. Passionnée de faune et de flore, elle a choisi de suivre une formation spécifique pour acquérir les compétences nécessaires à ce métier qu’elle exerce aujourd’hui avec enthousiasme.

Les animations s’adressent à tous les publics : bébés et jeunes enfants des crèches, élèves des écoles, adultes, seniors des CCAS et résidents d’EHPAD. Elles varient selon l’âge des participants et sont proposées à tarifs modérés. L’été, le jardin accueille gratuitement les enfants des centres de loisirs et les habitants qui ne partent pas en vacances.

Des ateliers variés et créatifs — Atelier bois : fabrication de nichoirs ou d’hôtels à insectes. — Atelier argile : modelage de figurines et petits objets. — Atelier pain : les graines incorporées sont broyées sur place ; la cuisson se fait dans un four en argile reconstruit régulièrement. — Atelier cuisine : transformation des récoltes du potager en plats de saison ; les participants repartent avec leurs créations (tartes sucrées ou salées). — Maraîchage : préparation des plants en serre pour les ateliers. — Soins aux animaux : poules, canards, oies, chèvres naines. — Apiculture : après une perte massive d’abeilles, l’activité se réorganise autour de cinq ruches, avec l’appui d’une structure partenaire.

Un lieu d’expériences ludiques. Le jardin offre aussi des activités libres : courir dans la petite forêt à l’entrée, se perdre dans le labyrinthe, tester le « chemin va-nupieds » aux textures variées.

Les composteurs installés le long de la rue sont toujours actifs, et une nouveauté a vu le jour : un grand vermicarium, outil pédagogique sur le rôle essentiel des vers de terre dans la fertilité des sols.

Chaque samedi après-midi, une buvette à l’entrée du jardin, tenue par les personnes en CDDI, permet aux habitants du quartier de partager un moment convivial. Chaque saison, un événement est organisé au jardin de Chlorophylle.

Un grand projet pour l’automne. L’un des chantiers majeurs à venir concerne la mare, aujourd’hui envahie par les roseaux et phragmites, qui a perdu sa biodiversité. Tout sera à refaire : couper, retirer l’ancien géotextile, creuser, remodeler… pour lui redonner vie. Un projet que nous suivrons pas à pas, jusqu’à sa renaissance.

Informations : jardindechlrophylle@grandanglesiae.fr