Roubaix, ville où l’industrie textile florissante jusqu’au milieu du siècle dernier a laissé place à de vastes espaces à l’abandon après les fermetures successives des usines autour desquelles les quartiers ouvriers s’étaient formés. Dans le quartier du Cul de Four, quartier où le chômage est de l’ordre de 60%, une friche située à proximité de l’école Mère Térésa et du Collège Sainte-Marie est en passe de se transformer grâce à un projet de permaculture humaine. De quoi s’agit-il ?

Quelques jardins partagés sont installés sur une partie de la friche, concession accordée par la SEM Ville Renouvelée en charge de la rénovation urbaine où des courées (habitations agglutinées autour d’une cour) ont été rasées pour cause d’insalubrité. Le reste de la friche consiste en un vaste espace à l’abandon devenu « territoire » de personnes en grande précarité.

Mettre en œuvre un projet de permaculture humaine pour tenter de recréer des liens avec les riverains, faire émerger un peu de bien-être dans une enclave en déshérence est certainement  un énorme défi à relever mais, avec le soutien des élus de la ville et la ténacité des membres de l’association Permaculture humaine, les premiers jalons étaient présentés le 16 septembre 2021 aux adhérents de l’association Vivacités.  

Peu avant le jour de la visite, les containers qui abritaient les outils et matériaux pour créer un poulailler ont été incendiés, ce qui révèle la tension entre ceux qui veulent garder la main sur un territoire qu’ils considèrent comme «le leur» et la détermination nécessaire pour les porteurs du projet à vouloir le poursuivre.

L’idée première est de faire en sorte que les quelques jeunes qui viennent se renseigner et acceptent de participer à un atelier soient rétribués : le bénévolat n’est pas de mise dans ce quartier car il s’agit de valoriser l’engagement pour donner envie d’aller peut-être plus loin en ayant accès à diverses actions et développer des compétences qui pourraient permettre d’accéder à des formations puis des emplois.

La création d’un poulailler sur une partie de la friche offre dans un premier temps la perspective de divers ateliers tels que la vannerie pour tresser les clôtures à partir de câbles amassés sur la friche, créer des composteurs à partir de palettes de bois récupérées, mais d’autres ateliers qui ont lieu aussi au centre social pour partager et réaliser des recettes, apprendre à confectionner des bocaux pour conserver des légumes parfois en abondance et gaspillés : la volonté est que, dans chaque atelier, filles et garçons participent ensemble.

Située à proximité de l’école primaire et du collège, la friche, en se transformant ouvre non seulement une perspective pédagogique mais aussi une opportunité de créer des contacts entre parents voire peu à peu du lien social autour d’événements festifs à venir.

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Deux jeunes « services civiques » ont été engagés par l’association Permaculture Urbaine en charge du projet de réhabilitation de la friche pour contribuer à susciter l’envie de faire, l’envie d’apprendre. L’une est étudiante en médecine et axera sa mission sur le bien-être et la sensibilisation à l’écologie, l’autre prépare un master en agriculture urbaine : la réhabilitation d’une friche lui donne l’opportunité de se frotter à une réalité inattendue. Ses conseils, ses essais, propositions seront  précieux pour réaliser des plantations d’arbres et peut-être, selon l’état des sols, relancer une production à portée de mains.

Un autre projet est en passe de voir le jour grâce au soutien de l’ADEME  -Agence de la Maîtrise de l’énergie –  Il a permis l’acquisition de trois vélos cargo pour collecter les restes des cantines ou de restaurants de la ville.

Il s’agit ici d’écologie urbaine à laquelle participe un ensemble d’acteurs dont des urbanistes aménageurs, des élus, des jeunes volontaires, les personnels des services sociaux, des bénévoles associatifs  mais aussi et surtout  des habitants et leurs enfants. Le but n’est pas de produire pour vendre des denrées mais de susciter l’envie de se former pour éventuellement rejoindre des structures périurbaines qui fournissent les clients d’AMAP ou autres débouchés.

Plus d’infos – aline@souslesoleilexactement.fr